Auteur: Daniel Jolivet
Beschrijving:
Pouancé (Maine-et-Loire).
(Depuis le 1er janvier 2017, Pouancé s'appelle Ombrée-d'Anjou)
La château médiéval.
Pouancé se situe à la frontière disputée entre Francs et Bretons.
C'est Pépin le Bref, vers 750, qui créera les Marches* de Bretagne pour se protéger des incursions bretonnes. Il confiera la Marche de Bretagne à son demi frère Griffon*, qu'il vient de vaincre. C'est une manière pour Pépin le Bref d'éloigner Griffon* de la Bavière et de se protéger des Bretons.
En 843, le traité de Verdun partage l'Empire Carolingien en trois partie : Francia occidentalis (future France) à Charles le Chauve, Francia orientalis (future Allemagne) à Louis le Germanique, Lotharingie (vallées de la Meuse, de la Moselle et du Rhône) à Lothaire.
L'autorité de Charles le Chauve est contestée en Bretagne par Nominoë*, dont il doit reconnaître l'indépendance en 846.
Eripsoë, le successeur de Nominoë, contestera bientôt l'autorité de Charles le Chauve sur les Marches de Bretagne.
Suite à la défaite de Jengland*, le 22 août 851, Charles le Chauve se voit contraint de signer le Traité d’Angers (septembre 851) avec Erispoë, roi de Bretagne, et lui cède les marches de Bretagne.
Une seconde Marche de Bretagne est alors créée en 861 en remplacement de la première; le territoire de Pouancé y est inclus. Pouancé faisait face à la place-forte bretonne de Châteaubriant, et était donc certainement fortifié.
Au gré des conflits, la place sera angevine ou bretonne.
On attribue généralement à Manguinoë*, seigneur de 990 à 1037, la construction d'une motte féodale* sur un éperon rocheux qui domine la vallée de la Verzée. Un bourg se développera autour de cette place forte.
En tout cas, la place forte de Pouancé est attestée dès le XIe siècle, en effet, vers 1050, Geoffroy Martel, fils de Foulque Nerra, en fait mention en parlant de Landry, son vicaire* de Pouancé.
Après la mort de Landry, Pouancé passe aux mains d'Hervé de Martigné*, un vassal du comte de Rennes, le comte de Rennes étant lui même proche du comte d'Anjou. Hervé avait déjà la charge de l'honore* de Lourzais (sur Rénazé), territoire proche de Pouancé.
Vers 1066, le duc de Bretagne Conan II* assiège avec succès Pouancé. Pouancé était défendu par Sylvestre*, seigneur de la Guerche. Sylvestre passera dans le camp breton avec la charge de chancelier de Bretagne. Conan poursuivit sa campagne et enleva Segré et mit le siège devant Château-Gontier où il mourut, paraît-il empoisonné.
A la mort d'Hervé, son fils Gauthier Haÿ lui succède. La fille de Gauthier, Emma épousera en premières noces, Robert II le Vieux, baron de Vitré, puis en secondes noces, vers 1130, Guillaume Ier de la Guerche. A partir de ce moment, les trois châtellenies de Martigné, Pouancé et de la Guerche ne font plus qu'une seule seigneurie, malgré la frontière Anjou-Bretagne qui les sépare.
Vers 1173, le petit fils d'Emma et Guillaume, Geoffroy, participera à la rébellion contre Henri II d'Angleterre qui était également comte d'Anjou. Cette rébellion vit la défaite des seigneurs bretons rebelles alliés aux trois fils aînés d'Henri II et à l'épouse du roi d'Angleterre, Aliénor d'Aquitaine*.
Le fils de Geoffroy s'alliera avec les seigneurs bretons contre l'armée du sénéchal d'Anjou et participera à la victoire de de ceux-ci à Carhaix en 1197*.
A la fin du XIIe et début du XIIIe siècle, le château est au coeur d'une grande seigneurie qui recouvre Pouancé, Martigné, La Guerche et Segré. C'est l'époque des premières constructions du château actuel (la tour de la Dame Blanche, qui subsiste aujourd'hui, est de la fin du XIIe siècle).
Guillaume III, seigneur de la Guerche, Ségré et Pouancé (1192 - 1223) fera construire une digue sur la Verzée, au pied du château, dans un resserrement de la vallée, digue qui donnera naissance à l'étang Saint-Aubin. Etang neuf qui sera l'objet d'un litige concernant la dîme entre le seigneur et les moines, litige clos par une charte de donation*.
L'arrière petite fille de Guillaume III, Jeanne, restera seule héritière en 1263 à la mort de son père Geoffroi III. Elle épousera Jean Ier de Beaumont-Brienne. Au gré des alliances et successions, Pouancé passera à Pierre II "le Noble" de Valois, comte d'Alençon et proche du roi de France Charles V. Pierre de valois avait épousé Marie Chamaillard héritière de Pouancé.
C'est Pierre II de Valois qui fit construire, probablement, la Grosse Tour, et installer des machicoulis, entre 1371 et 1379.
Au XIVe siècle la seigneurie de Pouancé devient une baronnie importante s’étendant jusqu’à Cuillé dans le nord de la Mayenne angevine, sa juridiction s'étendait sur 17 paroisses.
De 1341 à 1343, des ordonnances de Philippe VI de valois organisent un monopole du sel* permettant d'assurer les recettes du royaume. L’Anjou fera partie des pays de «grande gabelle»* et comprendra seize tribunaux spéciaux ou «greniers à sel», dont celui de Pouancé. Le grenier à sel est encore en place près du portail du château.
Dans le contexte de la Guerre de Cent Ans, la forteresse fut assiégée à plusieurs reprises :
- Par les troupes bretonnes du vicomte de Bellière en 1379. La forteresse sera prise malgré la belle tour construite par Pierre de Valois et le relèvement des autres tours.
- Par Jean V de Bretagne, avec l'aide des anglais, en 1432. Rien n'empêchera Jean V, duc de Bretagne, d'assiéger la ville alors tenue par son neveu*. La forteresse de Pouancé subira pendant 5 semaines les assauts des bretons et de leurs alliés.
- Par les anglais du duc de Somerset en 1443 qui levèrent le siège après plusieurs semaines de résistance de la forteresse, mais les faubourgs sont dévastés.
- En 1467, Jean II d'Alençon, complote avec le duc de Bretagne (François II) contre le roi de France Louis XI. Les Bretons attaquent Pouancé tenue par de Villiers pour le compte du roi de France. La forteresse tombera en quelques jours. Les Bretons pilleront et bruleront brûlant le château et la ville.
- En 1468, les Français chasseront les Bretons de Pouancé.
En juillet 1472, Louis XI s'installera à Pouancé pour en faire sa base pour des actions contre la Bretagne. Il est à la tête d'une puissante armée et d'artillerie.
1488, lorsque Louis II de La Trémoille fait de Pouancé sa base logistique pour attaquer la Bretagne ,
son armée est dotée de la plus puissante artillerie d’Europe et elle compte 11 000 hommes.
Trois ans plus tard, Pouancé, est encore choisie* comme base de départ pour une armée française de 50 000 hommes, à nouveau menée par La Trémoille pour une nouvelle et décisive opération contre la Bretagne.
C'est au cour de ce XVe siècle que Pouancé a vu la construction de la tour Heptagonale (avec 7 côtés), de petits ouvrages défensifs complémentaires au pied des remparts, d'un bastion, d'une tour à bec, etc. La tour-porche qui marque l'entrée du château est de cette époque. Ces constructions montrent l'importance de cette forteresse dans le conflit franco-breton.
Au XVIe siècle, Les Cossé-Brissac deviennent propriétaires du château, développent l'extraction du minerai de fer et modernisent les forges*, faisant de Pouancé un pôle métallurgique qui pouvait répondre à une commande de plus de 5000 boulets de 24 livres en deux mois, production extensible à plus de 11 000.
Pendant les guerres de religion, Charles II de Cossé*, comte puis duc de Brissac et seigneur de la Guerche, de Pouancé et autres lieux, se mit au service de la Ligue, il combattra avec Guise et les ultras-catholiques en 1587 et défendra Poitiers en 1593. Le duc de Mayenne (Charles II de Lorraine), chef militaire de la Ligue, le nommera gouverneur de Paris. En 1593, le château de Pouancé sera occupé par une cinquantaine de soldats du duc de Mayenne, bien qu'un an auparavant, le commandant du château ait rendu hommage au roi (Henri IV) à Angers. Après l'abjuration d'Henri IV, Mayenne se rallie au roi, le duc de Bretagne, de son côté continuant la lutte contre la royauté. En 1597, le même commandant de Pouancé (un certain Chanjus) rendra le château au dernier Ligueur, le duc de Mercoeur. Mercoeur sera vaincu par le roi lui-même, en 1598 et se soumettra à Angers le 20 mars. Pour prix de sa réddition, Mercoeur recevra une forte somme et gardera les villes de Guingamp, Moncontour, Lamballe et l'île de Bréhat. La reddition sera scellée à Nantes, c'est le fameux "édit de Nantes" qui met fin à la huitième guerre de religion.
Ensuite, la forteresse perdra de son importance, le seul fait marquant sera la mort de François de Cossé au château, en 1651.
Au XVIIIe siècle, les habitants obteinnent le droit d'abattre les remparts s'ils en deviennent propriétaires. Les fossés seront comblés et beaucoup d'éléments abattus.
En 1790, à la faveur de la Révolution française, l’organisation féodale est abandonnée, et la baronnerie de Pouancé fait place au Canton de Pouancé, faisant partie du département de Mayenne-et-Loire. Le canton comprend alors 5 communes : Pouancé, La Prévière, Chazé- Henry, Carbay et Armaillé.
En 1915, la tour du Moulin, s'effondre.
En 1936, la partie supérieure de la tour Criminelle s'effondre également.
Le dernier propriétaire, lèguera les restes du château à la commune en 1978.
* Dans le système féodal, la "marche" est un fief en zone frontalière qui a pour fonction la défense contre le territoire voisin. Les "marches" donneront les "marquisats".
* Griffon était le fils de la deuxième épouse de Charles Martel, la princesse bavaroise Swanahilde. Griffon s'est fait reconnaître duc de Bavière. Pépin était fils de la première épouse de Charles Martel, Rotrude.
* Griffon se fera tuer dans les Alpes, par des hommes de Pépin le Bref, en allant chercher une alliance avec les Lombards.
* Et en Aquitaine par Pépin II fils de Pépin le Bref. Charles le Chauve sera obligé d'accorder la souveraineté sur l'Aquitaine à Pépin II en 844.
* Le lieu exact de la bataille est controversé : soit sur la commune de Guéméné-Penfao (44), soit au Grand-Fougeray (35), soit à Juvardeil (49).
* Manguinoë, au patronyme bien breton, était premier seigneur de La-Guerche de 99O à 1037. Il était fils de Guënargant et petit fils de Loscoran qui se serait enfui en Bourgogne au temps de l'invasion normande.
* La motte castrale apparaît dans la seconde moitié du Xe siècle. Elle est une réponse à l'insécurité permanente (invasions normandes, rivalités, etc). Elle est constituée d’une tour de bois carrée ou rectangulaire construite sur un monticule de terre artificiel. En contrebas de la tour est aménagée une "basse-cour" entourée d’une palissade et d’un fossé. La basse-cour comprend les logements des domestiques et des hommes d’armes, les écuries, la forge, des fours et des granges. La tour sert de résidence au seigneur et de réserve de nourriture. Une rampe en bois permet d'accéder à la tour depuis la basse-cour, en passant par dessus le fossé et la palissade entourant la tour.
* La vicaria carolingienne était d'abord une subdivision du comté où s'exerçait l'autorité du vicarius.
* Hervé de Martigné, vers 1050, résidait déjà dans un château remplaçant la motte castrale de Martigné, il était titulaire des places fortes de Martigné et Pouancé. Au moins trois fils de Hervé de Martigné s'installeront sur des territoires proches de Martigné-Pouancé. (Manoirs et châteaux dans le comté de Rennes: Habitat à motte et société ... Par Michel Brand’Honneur). Hervé de Martigné donnera à l'abbaye de Marmoutier ce qu'il possèdait de biens d'Eglise, ce que ses enfants contesteront puis admettront contre argent. (Histoire de Bretagne, ... Par Guy-Alexis Lobineau)
* Les "honores" étaient sous les mérovingiens et les premiers carolingiens des charges de territoires accordées par le roi. Ces charges n'étaient pas héréditaires, mais tendront à le devenir à partir de Charles le Chauve et deviendront des fiefs féodaux.
* Conan II, si on en croit la tapisserie de Bayeux, fut vaincu à Dol-de-Bretagne par Guillaume le Conquérant, et rendit les clés de Dinan au bout d'une lance.
* Sylvestre, seigneur de la Guerche et de Pouancé, après la mort de sa femme, embrassa l'état monastique et fut nommé évêque de Rennes en 1075.
* Henri II avait quatre fils. L'aîné, Henri, étant impatient de prendre le contrôle des territoires du père, il déclencha une rébellion contre son père lorsque celui-ci annonça son intention de donner les châteaux de Chinon, Loudun et Mirebeau à son plus jeune fils Jean (Jean-sans-Terre).
* Seul l'historien Pierre Le Baud, chapelain de la duchesse Anne de Bretagne, mentionna cette bataille, où la noblesse bretonne se trouva opposée, en 1197, aux troupes de Richard Coeur de Lion. Ce combat est inconnu des autres oeuvres historiographiques, même contemporaines. (Les lieux de pouvoir au Moyen Âge en Normandie et sur ses marges: actes publié par Anne-Marie Flambard Héricher). Cette bataille aurait été une réaction de la noblesse bretonne à l'enlèvement, par Richard Coeur de Lion, de son neveu Arthur Ier de Bretagne qui était son héritier officiel. Constance de Richemont avait été convoquée avec son fils Arthur, en Normandie, par Richard Coeur-de-Lion. Sur le chemin, ils sont arrêtés par Ranulph de Blundeville qui est aussi le second mari de Constance. Furieux, Richard marchera sur la Bretagne pour libérer son neveu et héritier. Pour le protéger, il confiera son neveu en garde à la Cour de France où il sera élévé auprès du fils de Philippe Auguste, Louis dit le Lion (Louis VIII). Richard Coeur-de-Lion sera mortellement blessé lors du siège de Châmus en mars 1199 et Arthur Ier de Bretagne, fait prisonnier par Guillaume de Brouze (Briouze), sera assassiné, probablement sur ordre de Jean Sans-Terre, dans la Tour de Rouen où il était enfermé. La façon dont Arthur trouva la mort est controversée : Jean tua Arthur de sa propre main et jeta son corps dans la Seine lesté d'une grosse pierre; Hubert,le commandant de la forteresse reçu l'ordre de lui arracher les yeux et autres mutilations; Arthur aurait été castré et serait mort de l'opération...
* Pouancé comprend le château avec son bourg castral et le bourg des moines avec un étang.
* L'impôt perçu sur le sel existait déjà sous Saint Louis (1214-1270). Il prendra un caractère permanent avec les ordonnances de Philippe VI.
* Le mot gabelle est d'abord un terme général : gabelle des vins, gabelle des draps, etc., mais très vite l'habitude fut prise de ne l'appliquer qu'à la taxe sur le sel.
* Une histoire de dot non payée est à l'origine du conflit, dans le contexte des guerres entre Bretons, Anglais et Français, les alliances pouvant varier suivant les intérêts particuliers.
* En même temps que Vitré et Redon.
* Charles II de Cossé fut nommé par le duc de Mayenne gouverneur de Paris en 1594. Ensuite, il se ralia à Henri IV et fut fait maréchal de France en 1594.
* Les forges, dont il ne reste rien, furent en activités jusqu’au XIXe siècle.
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Voir :
fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Ch%C3%A2teau_m%C3%A9di...
www.ville-pouance.fr/
- Jean-Claude Meuret et André Neau, "Pouancé (Maine-et-Loire), ou la constitution d’une ville castrale
entre Bretagne et Anjou, du XIe au XIXe siècle".
- Revue de bretagne et de vendée 1874 Octobre.
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